Huahine, légendes, vanille et biodiversité

Sur Huahine, les oiseaux servent de réveil. Ils sont très présents, surtout dans la forêt, et font un vacarme magnifique. Je rejoins mes hôtes sur la terrasse, Marc m’invite à le suivre dans le jardin. 

« Tu veux déjeuner ? Sers-toi. » Il me montre un cocotier et me donne une perche en bambou. Je vise bien et fais tomber une coco, puis il me donne une machette pour que je l’ouvre. « Pour boire l’eau tu peux couper un jeune bambou, ça fait comme une paille. » Ensuite, il me montre ses bananiers, caramboliers et papayers. « La nature t’offre ton petit déjeuner, par contre le café vient du magasin ! » Je m’assieds dans l’herbe et me régale.

A peine terminé, il est déjà temps de partir. Je dois rejoindre Terii au site d’Avae Uri où se trouve un gros caillou marqué d’une énorme patte de chien. Comme j’y vais en stop, je calcule environ une heure de trajet. Mais à peine ai-je commencé à marcher au bord de la route qu’un pickup débordant d’écoliers s’arrête pour me prendre. Les jeunes me font une place à l’arrière et c’est parti. Les enfants me regardent avec curiosité, j’essaie de leur parler mais ils sont trop gênés pour me répondre. Puis le chauffeur me fait signe, nous arrivons au site. Je saute hors du pickup. Pas besoin de chercher longtemps, un panneau rouge montre le chemin « Trace légendaire, empreinte de Pi’Ihoro ». Je jette un coup d’œil sur la pierre mais préfère attendre Terii pour avoir ses explications. Je profite de ma demie heure d’avance pour découvrir les alentours.

Pas loin de là, je tombe sur une petite exploitation de vanille. Je m’arrête devant le portail car il y a un énorme chien. « Ia orana ! Il y a quelqu’un ? » Une voix masculine me répond « On est pas ouvert au public. » Je tente le tout pour le tout « J’attends le guide Terii ». J’entends alors un bruit de chaise, puis vois un homme à torse nu sortir d’une baraque et se diriger vers le portail. « Ia orana. Tu lui veux quoi à Terii ? » Je réponds que nous avons rendez-vous pour parler de Huahine mais que je suis en avance. « Tu as de la chance, Terii il connaît beaucoup de choses sur notre île. Moi c’est Ari’i. Viens je te fais visiter. » Il attache son chien « Je l’attache parce qu’il est con et très méchant. Des fois il m’attaque même ! » Puis, il ouvre le portail et je le suis dans la baraque.

En passant la porte, j’ai l’impression de rentrer dans une gousse de vanille. L’odeur embaume tout. Pourtant à l’intérieur il n’y a qu’une seule étagère sur laquelle sont posés quelques fagots de vanille enroulés dans des linges. « Ici je stocke ma récolte avant de la vendre. Je produis pas beaucoup parce que la vanille est capricieuse. Il faut 9 mois pour arriver à maturité. ». Il m’explique qu’il vend majoritairement aux locaux et aux touristes, mais que récemment, des grands magasins s’étaient intéressés à sa production. « Le problème avec ces gens, c’est qu’ils ne comprennent pas la vanille. Ils viennent et ils demandent une tonne par année ! Mais la gousse quand tu la sèches elle pèse presque rien. Et puis je vais pas vendre mon âme au diable pour ces popa’a, ils ont qu’à acheter la vanille de Madagascar ! ». Je comprends assez vite qu’ils sont en compétition avec l’ancienne ile française. Je le pousse un peu « Tu es jaloux des Malgaches parce qu’ils sont indépendants de la France ? ». Son visage se ferme alors qu’il se défend « Pas du tout mon petit, et puis la France on fait avec, c’est pas si mal elle nous donne de l’argent. En tout cas la vanille de Tahiti est meilleure que celle de Madagascar, ici tout le monde te le dira ! ». Je remercie Ari’i pour cette visite. Il me tend une petite gousse de vanille « celle-là elle est ratée je peux pas la vendre, mais tiens elle sent bon quand même. » Il me serre la main et m’accompagne au portail « Nana ! ».

Je retourne au site d’Avae Uri. Terii est arrivé entre deux, il m’attend à côté du caillou. Le personnage est impressionnant : grand, carré, tatoué et coiffé comme un guerrier... « Thomas c’est toi ? » Oui. « Maeva à Huahine, moi c’est Terii. » Sa voix est étonnamment douce. « Je t’ai donné rendez-vous ici pour te montrer un site très important pour nous. » Il m’explique que le caillou est en fait l’empreinte du chien de Hina, la reine de Raiatea. Je demande alors pourquoi son empreinte est arrivé ici. « La légende raconte qu’un jour, Hiro le roi des voleurs, déroba un inestimable collier de perles noires à Hina et s’enfuit sur Huahine afin de le cacher. La reine envoya alors son chien le plus impressionnant aux trousses du voleur. Le molosse bondit d’ile en ile et arriva rapidement à Huahine où son flair lui permit de retrouver le collier caché sous une pierre. Il posa sa lourde patte sur le rocher et l’empreinte permit plus tard à Hina de retrouver son précieux joyau. » Je lui demande s’il y croit. « C’est une légende… D’ailleurs il y a plusieurs versions différentes. Mais on aime bien se dire que c’est vrai. Ca fait rêver. Et puis ces histoires font partie de notre culture. Viens on va voir la femme enceinte. »

Je monte dans son 4x4. En chemin, Terii m’explique que l’ile a toujours été gouvernée par des reines et que c’est marrant, parce que lorsqu’on regarde certaines montagnes sous le bon angle, on peut apercevoir les formes d’une femme enceinte. C’est tout ça qui a donné son nom à l’ile. « Huahine » signifie sexe de femme en Tahitien. Nous arrivons justement au point de vue. Il faut faire preuve d’un minimum d’imagination, mais la femme enceinte est bien là, couchée sur quelques kilomètres. On distingue son visage à droite, puis sa poitrine et enfin son ventre arrondi. La vue est magnifique. Nous reprenons la voiture, Terii veut me parler de la flore locale in situ : Nous allons dans la forêt.

Ici, il suffit de quelques minutes de 4x4 pour se retrouver dans une jungle dense. « J’espère que tu as de bonnes chaussures ! Ah ah ». En effet, lorsqu’on sort du pickup, je me rends compte que le chemin est boueux et recouvert de plantes aquatiques. « Tu vois ces plantes aquatiques par exemple, c’est une espèce envahissante. Le problème en Polynésie, c’est que tout le monde a introduit quelque chose. Des fois c’est pas grave, mais pour les plantes c’est autre chose. » Apparemment, plus de 1500 espèces végétales auraient été introduites et parmi elles, une soixantaine seraient fortement envahissantes. Pour lutter contre ces espèces, la DIRection de l’ENvironnement en interdit toute propagation, importation ou transfert et surtout, en autorise (encourage) la destruction. « Le pire c’est cette saleté de Miconia Calvescens ! Il y en a partout ! » Je regarde autour de moi et en effet, il est omniprésent. « Ca vient d’Amérique du Sud, mais en 1937 quelqu’un a eu la bonne idée de l’introduire dans son jardin à Papeete parce qu’il le trouvait joli. Depuis, il recouvre 75% de Tahiti et une grande partie de presque toutes les autres iles. Le problème c’est que cette plante pousse vite et haut, puis ses grandes feuilles privent les autres espèces de lumière. C’est comme ça qu’elle prend le dessus ! » Il n’y a actuellement aucun moyen de lutter contre le Miconia. Un peu plus loin, Terii me montre une forêt de pins « Et ça, tu crois que c’est endémique ? Le pire c’est que c’est le Service du Développement Rural qui a décidé d’implanter ces pins parce que soi-disant, ils donneraient un meilleur bois pour construire des maisons. Alors ils ont rasé une belle forêt de Pandanus pour planter tout ça, mais au final ils ont planté trop serré et maintenant tout meurt ! » Terii est indigné. « C’est triste parce que les espèces endémiques vont finir par disparaître à cause de tout ce qui a été introduit. Maintenant on pourrait encore essayer d’agir mais bon, c’est pas la priorité de l’Etat, alors on laisse faire mais faudra pas pleurer à la fin. »

Nous rentrons à la voiture. Pour ne pas se quitter sur du négatif, Terii m’emmène chez une amie pour boire une Hinano. Quelle bonne idée.

Je profite de mes derniers moments sur Huahine, demain je pars déjà pour Raiatea. Seul hic : Air Tahiti vient de commencer une grève générale… Je dois les appeler demain matin pour savoir si mon avion partira ou non.

A suivre …

 

Photo 1: Terii devant la foret de pins pourrissante

Photo 2: Terii

Photo 3: Le fléau Miconia se reconnait à ses grandes feuilles vertes d'un coté et violet de l'autre

Photo 4: La femme enceinte de Huahine

Photo 5: Coco et paille en bambou