Départ vers la mythique Bora Bora

Mon avion pour Bora décolle tôt ce matin. Je me lève donc de bonne heure, car l’aéroport est à l’autre bout de l’ile et je m’y rends en stop. 

Je marche d’un bon pas, pouce levé, avec la pension qui disparaît rapidement derrière moi. Une heure s’écoule sans que personne n’ait ralenti, en revanche, les conducteurs me lancent de tremblants « hang loose » accompagnés de larges sourires. J’en viens à me demander si le stop est une pratique courante ou non… Le temps avance dangereusement, j’ai déjà bien progressé mais il reste encore quelques kilomètres et le check-in se termine dans 30 minutes.

Au moment de perdre espoir d’attraper mon vol, une voiture finit par s’arrêter : c’est une Popa’a qui se rend au travail. Quand je lui dis que je vais louper mon vol, elle décide de m’amener jusqu’à l’aéroport, même si cela la mettra en retard. Elle téléphone à son patron pour le prévenir et, puisque c’est sur la route, elle lui propose de passer au magasin chercher le poisson qu’il a réservé. En chemin, elle m’explique que beaucoup de tahitiens n’osent pas prendre les touristes en stop, car ils ont peur de se retrouver face à quelqu’un qu’ils ne comprendraient pas. Nous arrivons au terminal, ma sauveuse me souhaite « Maeva » (bienvenue) en Polynésie et repart aussi vite qu’elle est arrivée. Māuruuru maita’i. (Merci bien)

J’embarque rapidement. Le trajet dure une heure et survole l’archipel des iles sous le vent. Huahine, Raiatea et Tahaa offrent de superbes vues aériennes. Approchant de la destination, je me demande si j’ai bien fait d’inclure Bora dans mon itinéraire…

En effet, tout le monde connaît cette ile, parfois même sans savoir la situer, pour ses plages de sable blanc, son lagon turquoise, son hôtellerie de luxe, etc. Or, ce n’est pas ce que je suis venu chercher en Polynésie. De plus, je n’ai jamais entendu parler d’un accueil local exceptionnellement chaleureux ou de lieux historiques intéressants. J’étais donc prêt à ne pas y aller. Cependant, la veille de l’achat du Pass, je rencontrai François, un tourdumondiste français à qui j’expliquai mon itinéraire. Abasourdi, il me lança « Hey mon petit, venir en Poly et pas voir Bora, c’est comme visiter Paris et pas voir la tour Eiffel ! ». Puis de continuer en me vantant la beauté de l’ile, la gentillesse de ses habitants… Je finis par reconsidérer Bora et l’inclus dans mon voyage.

A l’atterrissage, après l’euphorie provoquée par la beauté de l’ile, on découvre un aéroport isolé sur un motu (ilot). Des bateaux-navettes font le trajet jusqu’à Vaitape, puis des bus répartissent les touristes dans les différents hôtels. Je fais du stop pour rejoindre mon logement. Après m’être installé, je me rends chez deux Suisses que j’ai connus via Couchsurfing quelques jours auparavant. Florence et Amaury habitent ici depuis 2 ans. Elle, est moniteur de plongée, lui est informaticien. Ils sont heureux sur Bora, mais me confient ne pas vouloir y passer leur vie. En effet, certains aspects de l’ile les dérangent :

Bon nombre des touristes qui s’y arrêtent ne cherchent pas le contact de la population. Fortunés pour la plupart, ils s’enferment dans de luxueux hôtels flottants pour n’en sortir que lors d’activités encadrées. Ce comportement frustre les locaux qui le ressentent comme un manque d’intérêt pour leur culture, si bien que beaucoup ont développé une certaine animosité envers les touristes qui a fini par s’étendre à l’ensemble des voyageurs. Sur Bora, il arrive donc souvent de saluer quelqu’un sans que celui-ci ne réponde. De plus, hormis la pointe Matira où se trouve la majorité des hôtels, l’ile n’est pas très développée. Les habitations sont mal entretenues, il y a peu d’éclairage et on trouve même des hôtels qui ont fait faillite, laissés à l’abandon. Le tout cumulé créée une atmosphère tendue et un sentiment d’insécurité.

Je passe la soirée avec Laurence, Amaury, leurs amis tahitiens et des couchsurfers américains. Nous échangeons nos expériences en Polynésie autour de pizzas et de Hinanos. L’ambiance est très agréable, le partage est à l’honneur. Pris dans les discussions, j’oublie l’heure et quand je la regarde enfin, il est déjà tôt. Amaury me ramène en voiture car selon lui, même s’il a bu, c’est toujours plus sûr que de rentrer tout seul de nuit à pied. Nana (au revoir) Amaury&Co, ce fut un plaisir de vous rencontrer. Dans quelques heures déjà je prendrai l’avion pour Huahine, « l’authentique ». L’idée de retrouver la nature, la simplicité après l’agitation et le luxe de Bora Bora me soulage. De plus, je me réjouis de découvrir les nombreuses légendes qui habitent le paysage « montagneux » de Huahine.

À suivre …

Photo: Matira beach, l'unique plage publique de Bora

Video: Moment émouvant d'un Polynésien disant au revoir à son ami à sa façon