Valcele

Il est 5h du matin lorsque Chuck vient frapper à la porte de notre chambre. Nous avons décidé de l’accompagner le temps de son expédition dans le village de Valcele, en pleine Transylvanie. Sur la route, les villages et les collines se découpent dans la brume matinale. L’aube pointe.

La chambre est dans un désordre inimaginable, couverte de poussière, traversée de toiles d’araignées, extrêmement humide et surtout, glaciale. Il est 7h et on a froid. Dans ce genre de situation, la meilleure solution est encore de s’activer. Quelques heures plus tard, un feu ronfle dans le poêle, la chambre semble plus habitable et les draps sèchent sur une corde tendue dans le jardin. On a été remplir des jerricanes d’eau au puit et le soleil commence à chauffer, nous permettant enfin d’enlever quelques couches.

Hennissement de cheval. Radio roumaine au loin. Grognement du porc dans la cour voisine. Parfois une voiture ou une calèche qui passe sur la route. Un village sans café, sans wi-fi, sans eau chaude et sans toilettes, qui respire la tranquillité. Le soir, nous allons manger chez les voisins, à la ferme. Raul, 15 ans, et sa meilleure amie Adina essayent de nous apprendre à traire la vache. Le père, Anton, nous offre des shots d’eau de vie toute les 10 minutes. Claudia, la mère, nous sert une purée à l’ail et une montagne d’œufs frits. Dans la petite cuisine, après le repas, nous jouons « My heart will go on » pour leur faire plaisir. Chez les paysans, Céline fait briller les yeux plus rapidement que Django. Nous commençons à baragouiner le Roumain et les jeunes nous aident avec leurs notions d’anglais et de français. Nous rentrons chez nous le ventre plein, les joues roses et le cœur léger.

Le lendemain, pluie. Ça n’arrête pas Chuck, qui doit se rendre à la communauté pour négocier un programme avec ses contacts Rroms. Nous l’accompagnons. A quelques kilomètres de Valcele, une route de boue mène aux Kashtalo. Ce sont les Rroms de plus basse caste. Rejetés non seulement des Roumains, mais aussi des autres Rroms. Ils ont abandonné leur langue, le Rromani. Ils sont méprisés. Ils sont loin des nobles traditions des Kalderash ou des Gabors et ils n’ont pas de savoir-faire comme les Lautare ou les Basketmakers. Les Kashtalo sont chasseurs-cueilleurs. Et si notre société s’effondre, ils continueront à vivre comme le jour où nous les avons rencontrés. De leur bêtes et des forêts alentour. De leur fierté et de leur force.