18 août 2018 - Rocklands

La magie de Rocklands est bien réelle, c’est un paradis de pierre tombé du ciel. Tous plus impressionnants les uns que les autres, ces gros cailloux semblent avoir été dessinés pour être escaladés. Atypique serait le mot.

 

Nous laissons la folie des grandeurs, les longues voies et les falaises derrière nous pour nous consacrer à la minutie du bloc. Le bloc c’est simple, on oublie les cordes, les baudriers, les casques et les dégaines, on grimpe. Le but du jeu est de monter au sommet de pierres rarement plus hautes que quatre mètres. Des matelas au sol et des confrères parreurs évitent de rendre nos nombreuses chutes fatales. Les parreurs sécurisent la chute du grimpeur, mais souvent c’est surtout une aide psychologique. Celle qui aide à resserrer les prises quand les doigts s’ouvrent et que la hauteur du bloc commence à être intimidante. 

C’est un travail bien minutieux de travailler un bloc. Chaque mouvement doit être juste et parfaitement exécuté. Quand après multiples essais, nous arrivons finalement à enchaîner les mouvements parfaitement, l'euphorie est indescriptible. 

Au sommet du trône conquis, je me sens libre et heureuse. C’est fou l’effort que peut demander un caillou de quatre mètres de haut. Ça nous rappelle que nous sommes bien petits.

Je me souviens de cet après-midi où j’ai passé toute la journée sur un itinéraire qui au départ ne me paraissait pas trop dur. Je pouvais faire tous les mouvements il ne me manquait plus qu’à les connecter ensemble. La séquence commence avec deux petites prises juste assez bonnes pour me permettre de soulever mon corps. Mais quand celles-ci ne m’expulsaient pas du mur, c’est le dernier mouvement, où mes mains, pratiquement au niveau de mes pieds doivent s’étendre sur une prise très loin qui s’en chargeait. Plus j’essayais et plus mes doigts et mon moral fatiguaient. Mais l’envie de réussir me rendait folle. À la fin de cette après-midi douloureuse, je n’étais même plus capable de faire décoller mes fesses de mon matelas. L’échec. C’est dur à accepter. Et en bloc, on y est beaucoup confronté. 

Ce dernier mois de voyage est donc très intense, et pas seulement physiquement. 

En Afrique, l’hiver prend fin et doucement laisse place au printemps, des fleurs colorées poussent partout où elles peuvent, ça me rappelle les feuilles multicolores de l’Argentine, il y a quatre mois. Comme là-bas, chaque coucher de soleil est une friandise où nous prenons le temps de nous étirer en silence.

Et puis encore un jour qui commence, il semblerait que le voyage ne prendra jamais fin. Pourtant, La dernière semaine est entamée.  Aussi naturellement que les jours se sont suivis jusque-là, il semblerait que bientôt le temps s’arrête. Nous arrivons au terme de cette belle aventure. L’impatience de retrouver ses proches et l’angoisse du retour fusionnent en un mélange de sentiments confus. Toute l’adrénaline retombe, les souvenirs s’entassent, vivre et de voir autant de choses en six mois semble irréel. Le voyage a dilaté le temps, il l’a rempli d’expériences et de visages nouveaux. Inutile d’essayer d’organiser les mots plus longtemps, c’est indescriptible. En 28 semaines, 14 semaines de grimpe, 58 jours de campings, 11 portraits et 47 dessins.