Quelques tableaux de ce début de voyage...2eme partie

Au milieu de la journée, après les deux ateliers: embarquer dans un bus en direction de Nicosie, s’endormir, se réveiller dans une ville inconnue. 

Avec mon sac sur le dos et mes cernes, passer le checkpoint pour accéder à la station de radio qui est dans la buffer zone  (zone démilitarisée aussi appelée la ligne verte qui a la fonction de frontière entre la partie grecque et turque contrôlée par les forces armées des nations unies  établie depuis 1974 après l’invasion turque et s’étendant sur 180 kilomètres) . Y retrouver les deux bénévoles qui m’attendent pour l’émission de radio dans laquelle je dois parler du projet, engloutir un café, parler pendant une heure d’A la recherche d’Antigone, repasser la zone de contrôle, me retrouver dans un taxi en fumant des cigarettes avec le chauffeur qui est dans le métier depuis plus de quarante ans et qui m’assaille de baisers pour me dire au revoir, arriver à destination de la maison que je cherche.

Je suis arrivée à Nicosie, dernière capitale divisée d’Europe.

Je passe les prochains jours  au fil des rencontres, des cafés, à vélo. Je vais au théâtre, je découvre la vieille ville, son charme, ses rues tranquilles.

Je découvre aussi l’omniprésence de la ligne verte, au détour d’une ruelle, longeant un parc, derrière un café, à côté du kebab « Berlin wall n°2 »: des barbelés, du carton, des futiles murs de bois, des panneaux « forbidden zone, do not photograph », des cabines de contrôle, un soldat avec un fusil.

de l’autre côté: le drapeau turc, un minaret, cinq fois par jour l’appel à la prière que le vent amène aux chypriotes grecs malgré les checkpoints.

 un jour, je traverse le checkpoint au coeur de Nicosie, sur Ledra street. Je passe de l’autre côté. contrôle grec, contrôle turc. A peine ai-je franchi 100 mètres et on est passé de « odos » à « sokak », de Nicosia à Lefkosia. Au détour de la mosquée, au lieu du centre-ville, je me retrouve dans ce qui semble être un village: des rues délabrées, des maisons en ruines, des portes entrouvertes, des gamins qui courent. D’un monde à un autre. Pourtant en me hissant sur la pointe des pieds, j’aperçois le drapeau grec, là-bas, de l’autre côté.