la Grèce

De la Grèce je garde un souvenir si intense, si chargé en émotions et expériences- professionnelles et humaines- qu’il est difficile de rendre compte de cette aventure qui  a duré plus de quatre semaines de façon chronologique et linéaire.

La Grèce a marqué une étape cruciale de cette aventure, à la recherche d’Antigone, à la recherche d’humanité et de partage. Une étape marquée par une multitude d’ateliers fructueux, des rencontres humaines magnifique, un  joyeux chaos.

De la Grèce je garde un sentiment d’appartenance et d’évidence.

Athènes:  rapidement le sentiment d’être chez moi dans cette jungle immense et désordonnée à laquelle je succombe. Athènes est comme un grand coeur vibrant dont j’ai parcouru les artères sans même m’en rendre compte.

On y trouve tout ce qu’il faut: de la poussière, des foules, de l’Histoire, de la culture et des arts, des visages à n’en plus finir, des trajets en métro interminables, des tavernes enfumées. Une ville au mille visages et pourtant, j’y ai senti un cohérence magique.

A Athènes, j’ai cessé de voyager comme une touriste. Mes nouveaux amis- que je retrouve quasiment tous les soirs et avec lesquels je passe des heures au téléphone- me prennent  par la main et me guident dans les recoins insoupçonnés de cette ville habitée par la moitié de la population grecque.

J’enchaine les ateliers, les logements, les longs trajets, les soirées enivrantes dans les tavernes au son du Rembetiko.

Je travaille tour à tour avec des élèves comédiens, des élèves de collège en banlieue résidentielle, des élèves de la meilleure école de musique de la région, des gamins de 12-13 ans. J’apprends  à improviser, à puiser mon énergie dans la fatigue de cette vie essoufflante, éreintante, toujours pleine de surprises. Je suis de plus en plus sûre de moi pour les ateliers, les réactions varient mais sont toujours positives. La nouveauté devient une composante naturelle de cette existence.  Et peu à peu, je m’immerge dans cette nouvelle vie. Genève me paraît loin. Genève me paraît irréelle.

« Encore là? C’est quand que tu emménages pour de bon? » , me demandent les amis de mes amis que je ne cesse de retrouver. Nous rions.

Mon départ d’Athènes après quasiment trois semaines est facilité par la promesse que je fais à un ami de le retrouver quelques jours plus tard avec sa famille à Volos, ville de bord de mer, pour les jours traditionnels de Pâques.

Je me retrouve à Thessalonique, deuxième ville de la Grèce. L’intimité de cette ville d’un million d’habitants et de son centre concentré sur quelques rues est déroutante après l’immensité de la capitale.

Pour décrire ces deux semaines au bord de la mer, quelques tableaux.

Une joyeuse rencontre avec des bénévoles du camp de réfugiés d’Idomeni.

Des ateliers avec un groupe hétéroclite dans un centre culturel alternatif situé dans une ancienne usine de bière. Leur demande de créer un petit spectacle. La course contre la montre pour parvenir à un résultat présentable. Je suis émue par la confiance aveugle que me voue ce groupe que je viens tout juste de rencontrer. Nous parvenons à créer une présentation après quelques jours. Les retrouvailles avec mon ami à Volos, les traditions orthodoxes, les grillades obligatoires, les longues discussions et les promenades sur les quais. A Thessalonique, un groupe qui se forme peu à peu et apprend à parler  à Antigone, Créon ou Ismène. La drôle de magie et la joie de ces rencontres inattendues. Les relations humaines et les amitiés qui se déroulent et se heurtent parfois: vibrantes, chaotiques, chaleureuses, marquantes. Des nuits blanches et des cafés au bord de la mer. Des repas au milieu de la nuit et sous la lune. Une plongée en apnée riche en émotions et en apprentissage.

Un séjour quasiment irréel par son intensité, des souvenirs précieux.

La Grèce va si mal, la crise, le chômage, l’absence de perspectives, et pourtant. Pourtant, dans cette jeunesse vibrante que j’ai côtoyée et avec laquelle j’ai travaillé, j’ai trouvé- malgré le cynisme et l’envie de partir- tant de vie, tant de richesses, tant de créativité que la Grèce reste pour moi synonyme d’inspiration, de liberté, d’une impulsion de vie qui persiste malgré le chaos et l’insécurité sociale, économique et politique.

C’est à contrecoeur que je quitte la Grèce. Toujours ce sentiment d’absurdité lorsque que l’on quitte un endroit où tant de choses et de personnes nous rattachent, toujours ce sentiment d’absurdité de quitter un endroit ou des étranger nous ont offert une maison, un chez-soi.

Il me faudra des semaines pour quitter ce pays dans ma tête, et même longtemps après, j’ai parfois l’impression d’y être encore.